Elles passent par l’instauration d’une vie de groupe où il va être possible de s’exprimer en confiance. Cela requiert de se sentir inclus, d’avoir le pouvoir d’agir, d’être en sécurité par l’instauration de règles de fonctionnement acceptées par tous. La façon de prendre une décision dépend de la culture de l’organisation et de l’intention des personnes et des dirigeants. La prise de décision est un processus. Il est important que chaque phase du processus soit intégrée et clarifiée car de chaque étape dépend la réussite de la décision et de son application.

Nous avons vécu quelques unes de ces étapes dans un temps «miniaturisé». Le temps a manqué pour prendre du recul, sortir du contenu et revenir sur le processus afin de tirer tous les enseignements de l’expérimentation. Je l’ai regretté car le processus a permis d’expérimenter les différentes phases avec une réelle acuité.

L’enjeu était que les notes mises lors des travaux de groupe soient équitables et ajustées. Un travail en 4 groupes de 5 personnes a constitué un premier niveau de débat pour faire des propositions. Celles-ci ont été mises en commun et une discussion s’en est suivie pour formuler collectivement l’énoncé d’une décision à prendre.

L’expérience est toujours intéressante, quoique déstabilisante pour les participants, car il s’agit de construire et de déconstruire. C’est une démarche interactive où l’on appréhende la complexité. En distinguant les différents niveaux d’intervention (processus pour mettre la note, la note elle-même, qui note, quels critères…), on voit que la décision est multiple. Nous avons choisi de la limiter en se recentrant sur l’enjeu (une note équitable). Le débat est ensuite organisé de façon à ce que chacun s’exprime, dans un ordre précis, selon les nuances de sa position rendue visible par des cartons de couleurs.

Certes, la décision prise semblait être une évidence. Sauf que, dans ce type de démarche, c’est tant l’échange (porteur de créativité - même si cela passe par un moment de chaos) que le résultat qui compte. Des portes s’ouvrent, des choses sont appropriées plutôt qu’imposées.
Là où le sujet était intéressant, c’est qu’il était porteur d’une ambiguïté : le souhait d’une formation qui s’adresse à des étudiants en posture adulte, co-responsables tout en étant dans des processus de notation et de contrôle. Cette ambiguïté se gère en mettant du sens à l’intention et au cadre. Par ailleurs, comme l’a souligné Denis Bourgeois, l’expérience se situe dans un contexte où les protagonistes sont tous engagés mais à des niveaux différents. Il est, avec sa collègue Ève, éthiquement responsable de délivrer un diplôme de qualité et de dispenser pour cela une formation adéquate tandis que les étudiants sont engagés pour recevoir une formation et en obtenir un diplôme. Ce rapport «donner-recevoir» se transforme quelque peu par un raisonnement en «co-responsabilité». «Je suis responsable de ce que j’apprends et je suis responsable de ma posture au sein du groupe, qui est lui-même vecteur de mon apprentissage».
Il a été effleuré l’idée que la notation passe par une auto-évaluation ou une co-évaluation, mais le sujet est resté en suspens, essentiellement par manque de temps.

Un autre thème sous-jacent est le placement du curseur entre individu et collectif. Il est, de mon point de vue, déterminé par la capacité à être tout à la fois autonome («je construis mon parcours de vie à travers la formation») et co-responsable («je suis responsable de ce que j’apprends et je suis responsable de participer à la vie d’un groupe, support à ma formation»).
Nous avons aussi considéré la place du leader (en l’occurrence ici les responsables de la formation), qui s’engagent pleinement dans le processus. Sans cela, il ne serait pas possible de s’exprimer en sécurité et planerait le doute que la démarche ne soit qu’une manipulation. Nous avons vu aussi le rôle de l’animatrice (que j’ai rempli) qui est garante du processus et du sens, qui facilite la reformulation. Si l’animateur est concerné par les contenus de la décision, il lui est difficile d’endosser les deux rôles (participant et animateur).


Je souhaite aux étudiants de cette Majeure de pouvoir continuer à avancer à partir de ces amorces d’échanges qui peuvent se révéler passionnants et transférables à d’autres situations.
Je les invite à puiser dans leurs expériences pour analyser ce qui facilite ou pas une discussion ainsi qu’une prise de décision consensuelle.

Quelques outils supports à mon intervention : "Inclusion Controle Ouverture" "Processus de prise de décision", "Partage de représentations", "Sens Processus Contenu".